La solennité de “Sainte Marie, Mère de Dieu“ est fêtée en ce début d’année et c’est l’occasion de méditer sur le mystère de la Visitation. En effet, après l’Annonciation, la première action de la Mère de Dieu a été de partir immédiatement voir sa cousine Élisabeth. Ces deux mystères sont intimement liés et l’Ave Maria associe les deux salutations : celle de l’Ange Gabriel lors de l’Annonciation « Je vous salue Marie pleine de grâce le Seigneur est avec Vous » et celle de Sainte Élisabeth lors de la Visitation
« Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos entrailles est béni. »
Mais pourquoi Notre Dame est-Elle partie si vite voir Sainte Élisabeth et sa famille ? La réponse tient en quelques mots : inspirée par l’Esprit Saint, Elle a voulu aider son Fils à commencer tout de suite son œuvre de rédemption. Et comme Jésus humainement ne pouvait agir car il était encore physiquement dans le sein de sa Mère, c’est Elle qui va l’amener auprès d’une première famille, celle de sa cousine. Cette Visitation, réalisée conjointement par le Christ et la Sainte Vierge est ainsi le premier acte de la rédemption du monde. En effet lors de l’Annonciation aucune âme n’a été sauvée. Notre Dame étant conçue sans péché originel, la venue du Christ en Elle n’a pas changé la pureté de son âme qui est la seule n’ayant pas besoin d’être “sauvée“.

Il a fallu attendre la Visitation pour que les premières âmes soient délivrées du péché originel, en particulier celle de Saint Jean Baptiste, l’illustre précurseur. C’est pourquoi l’enfant « tressaillit » dans le ventre de Sainte Élisabeth. Et ce début de la rédemption du genre humain par Notre Seigneur n’est rendu possible que grâce à l’action de Notre Dame. La Visitation est donc une double fête : c’est d’une part le triomphe de Jésus Christ qui délivre du péché originel les premiers hommes de l’histoire et d’autre part la manifestation de Marie Médiatrice de toutes les grâces car cette première œuvre de rédemption n’a pu se réaliser que grâce à Elle.
Arrêtons-nous sur le deuxième aspect de ce mystère et considérons l’immense charité de Marie : « La sainte Vierge, ayant appris de l’archange saint Gabriel que sa cousine Élisabeth était enceinte de six mois, intérieurement éclairée du Saint-Esprit, elle connut que le Verbe incarné et devenu son Fils voulait commencer à manifester au monde les richesses de sa miséricorde, en accordant ses premières grâces à toute cette famille. Aussitôt, sortant du repos de la contemplation à laquelle elle était continuellement appliquée, et abandonnant sa chère solitude, elle partit pour se rendre à la maison d’Élisabeth. Comme la charité supporte tout et qu’elle ne souffre aucun retard, dit saint Ambroise sur cet Évangile (Lc. I, 35), sans s’inquiéter des fatigues du voyage, la faible et délicate Vierge se mit promptement en route. (…) La visite de la Bienheureuse Vierge ne fut pas comme celles des mondains, qui se réduisent d’ordinaire à des cérémonies et à de fausses démonstrations : la visite de Marie apporta dans cette maison un trésor de grâces. En effet, à son entrée et à son premier salut, Élisabeth fut remplie de l’Esprit saint, et saint Jean-Baptiste fut lavé de la tache originelle, et sanctifié ; c’est pourquoi il donna un signe de joie, en tressaillant dans le sein de sa mère, voulant par-là révéler la grâce qu’il avait reçue au moyen de la Bienheureuse Vierge, comme le déclara Élisabeth. Or, si ces premiers fruits de la Rédemption passèrent tous par Marie, (…) c’est donc avec raison que la divine Mère est nommée le trésor, la trésorière et la dispensatrice des grâces célestes. »
Saint Alphonse n’est pas le seul à avoir annoncé ce rôle primordial de la Sainte Vierge. De multiples saints l’ont également écrit et saint Bernardin indique que « la sainte Vierge, du moment qu’elle devint la Mère du Rédempteur, acquit une sorte de juridiction sur toutes les grâces. » Et après tant de saints, ce sera la Sainte Vierge Elle-même qui viendra lors des apparitions de la rue du Bac en 1830 nous montrer qu’Elle est médiatrice de toutes les grâces. Un détail de la Visitation est d’ailleurs intéressant à considérer. La distance de Nazareth à la maison d’Élisabeth était de trente-trois lieues nous précise Saint Alphonse. Ces trente-trois lieues semblent désigner clairement les trente-trois ans de la vie de
Jésus sur terre et symbolisent le fait que la Sainte Vierge assistera son Divin Fils de son Incarnation jusqu’à son Ascension dans son œuvre de rédemption.
Alors on peut se poser une question : pourquoi Dieu a-t-il voulu passer par Marie pour dispenser ses grâces ? C’est là un des mystères de la Rédemption. Mais nous pouvons tenter humblement de l’approcher. Prenons l’exemple d’un pont entre Dieu et nous. Dieu est sur une rive et nous sommes sur l’autre, séparés de Lui. En effet, la rive de Dieu (le Ciel) nous est par nature inaccessible car Dieu est infini, parfait et nous ne sommes que de simples créatures imparfaites entachées par le péché. Alors, dans sa miséricorde, Dieu va créer une première arche vers nous : son Fils qui tout en étant Dieu se rapproche de notre nature en devenant vrai Homme. Mais comme le Christ est Dieu, il reste par nature encore loin de nous, et une deuxième arche du pont sera nécessaire : la Sainte Vierge qui Elle, de nature purement humaine, nous est donc pleinement accessible et encore plus proche.
Ainsi il ne nous reste plus qu’à emprunter l’arche de Marie à notre portée, laquelle nous conduit à la seconde arche, le Christ qui nous permet de rejoindre Dieu le Père. La Visitation en est la démonstration : la Sainte Vierge va venir à la rencontre de la famille de Sainte Élisabeth. Rencontre purement humaine. Mais par cette action, Elle leur donne accès au Christ. Et le Christ, les délivrant du péché originel, leur donne accès au Père. C’est pourquoi, dans les Litanies, la Sainte Vierge, porte le nom d’Arche d’Alliance.
Considérons maintenant à quel point Marie est puissante pour nous amener à Dieu. Saint Alphonse de Liguori nous l’explique merveilleusement : « Marie obtient de Dieu tout ce qu’elle demande en faveur de ses serviteurs. Observez, fait remarquer saint Bonaventure au sujet de la visite de Marie à sainte Élisabeth, quelle grande vertu ont les paroles de Marie, puisqu’à sa voix la grâce du Saint-Esprit fut conférée à Élisabeth et à Jean, son fils, comme le rapporte l’Évangéliste (Luc I). Théophile d’Alexandrie dit que Jésus aime que Marie le prie pour nous, parce qu’alors toutes les grâces qu’il accorde par son intercession, il les accorde moins à nous qu’à sa Mère. Remarquez ces mots par son intercession, car, suivant saint Germain, Jésus ne saurait rien refuser de ce que Marie lui demande, voulant en cela lui obéir comme à sa véritable Mère ; d’où le saint conclut que les prières de cette Mère ont une certaine autorité sur Jésus-Christ, en sorte qu’elle obtient le pardon des plus grands pécheurs qui se recommandent à elle. Suivant une pensée célèbre de saint Anselme, quelquefois on obtient plus promptement les grâces en recourant à Marie, qu’en s’adressant à notre Sauveur Jésus lui-même. » Nous comprenons par là le rôle essentiel de Marie, véritable clé de voute du pont qui mène à Jésus.
Et c’est bien en cette Chapelle de la Médaille Miraculeuse, en 1830, que la puissance de la Sainte Vierge s’est manifestée. Elle est venue ici nous visiter comme Elle l’a fait 2025 ans auparavant à la famille de Sainte Élisabeth afin de nous dire qu’Elle était Médiatrice de toutes les grâces. C’est-à-dire que tout passe par Elle car Elle est à la fois la Mère de Dieu et la Mère des Hommes. Voilà cette puissante Arche d’Alliance, titre de Notre Dame que nous trouvons dans Ses Litanies.
La puissance de Notre Dame s’exerce sur les deux plans, à la fois spirituels et temporels. Et pour marquer cela, Elle nous a demandé de porter deux signes bien particuliers. Lors de son apparition rue du Bac, Elle nous a demandé de porter la Médaille Miraculeuse dont l’efficacité pour nous protéger sur le plan matériel est si grande. A Fatima, Elle nous a ensuite demandé de tous porter le Scapulaire du Mont Carmel afin d’obtenir plus spécialement son aide spirituelle pour atteindre le Ciel.
Alors en 2025, si ce n’est pas encore le cas, portons tous avec obéissance ces deux signes de Marie qui sont si puissants, montrant ainsi que nous nous plaçons humblement sous Sa protection comme Ses enfants. Demandons Lui de nous protéger en ces temps si difficiles et qu’Elle nous mène au Ciel auprès de Son Fils pour l’éternité. Et pour cela rien de tel que de l’implorer en récitant le chapelet tous les jours comme Elle l’a demandé avec tant d’insistance à Fatima : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs maintenant et à l’heure de notre mort. »
Alliance 1ers samedis de Fatima